Pourquoi fait-on des postures de yoga?


Pourquoi fait-on des postures de yoga
C'est dans le manuscrit soufi Bhar al-hayat que l'on retrouve les premières illustrations de postures de yoga



Voilà un débat chaud bouillant ! Si certains ne jurent que par une pratique physique intensive, voire extrême, pour d’autres le yoga n’est pas une histoire de postures. Mais il faut bien l’admettre, même ceux-là ajoutent un chien tête en bas et un cobra par-ci par-là dans leur routine. Autrement dit, on ne peut pas y échapper. Alors pourquoi fait-on des postures ? Remontons le fil du temps pour comprendre le rôle et la place de ces postures dans la pratique du yoga.


sthira sukham asanam : la posture de yoga prépare à la méditation


C’est quoi d’abord une posture de yoga ?


Après tous quelle différence y a-t-il entre une danseuse qui fait un grand écart et un yogi qui fait hanumanasana ?


Pourquoi fait-on des postures de yoga?
A votre avis, yogi ou gymnaste? Comment faites-vous la différence ?

À 'l’origine' du yoga vers - 800, -500 , le terme asana (ou posture) décrit le siège sur lequel on s’assoit. Et oui, il s’agit bien de l’objet sur lequel vous posez votre noble derrière. Cependant, ce même terme est utilisé pour désigner la position dans laquelle on s’assoit. L’asana décrit donc toujours une posture assise. Dans tous les cas, l’asana de la société védique jusqu’au IXe siècle n’a rien à avoir avec les asanas d’aujourd’hui comme le triangle, le guerrier ou la planche.


 

Le saviez-vous ? Avant d’être une posture de yoga, Padmasana (posture du lotus) désigne un trône en forme de lotus. Semblable à celui où Bouddha est souvent représenté assis sur une fleur de lotus. Bouddha est assis sur son asana dans un asana. Autrement dit, le bouddha est assis sur son trône dans une posture.

De même, dans la tradition tantrique, le terme asana est ‘le trône de la déité’ (sinister yogis, white, 2009)

Décidément, il y a encore un fossé entre l’origine du mot, la ‘tradition’ et le yoga d’aujourd’hui.



 

Selon le vivekarmatenda, texte du hatha yoga écrit au XIIIe siècle, il y a autant de postures qu’il y a d’être vivant, 84 sont importantes, et 2 sont essentiels : Siddasana et padmasana . Ces 2 postures sont assises, idéales pour la méditation. Ce n’est pas Patanjali rendu célébre pour les yogas sutras, qui dira le contraire. Aucune posture n’est décrite dans les yogas sutras, et il n’en dit peu de chose si ce n’est que la posture doit être stable et confortable pour favoriser la méditation.


p.s : le yoga moderne où règne le dictat des postures, se réfère à un livre qui ne décrit aucune posture et qui privilégie l'ascèse et la meditation assise pure et dure...Mmm intéressant.


Le texte du Siva yoga pradipika (15éme siècle) quant à lui, enseigne dix postures. Trois ont leur importance : "Padmasana est pour les chefs de famille, siddhasana pour ceux qui sont sur le chemin et qui ne sont pas chefs de famille (Ex : les ascétiques), sukkhasana est pour tout le monde".

Encore une fois, les asanas font référence à des positions assises propices à la méditation.


Les postures d’aujourd’hui étaient connues comme Tapas


Bien que l'asana décrive une position assise, il y a des traces visuelles, des sculptures de positions autres que les postures assises. Mais ce qui rentre dans notre catégorie de postures étaient considérés comme tapas. Ce sont des pratiques très intenses dans le but de créer de l’ardeur, cette intense chaleur interne pour éliminer nos impuretés et nous libérer du karma passé. Tapas n’est pas réservé aux yogis, mais à toutes formes d’ascétisme. Le travail des postures n’est donc pas synonyme de yoga. Tous les ascètes, considérés comme yogi ou non, peuvent pratiquer des postures.

Les formes de tapas les plus connus : la chauve-souris, suspendue à un arbre par les pieds et la tête en bas, un précurseur de la posture sur la tête d’aujourd’hui. Ou encore rester plusieurs années avec les bras en l’air ou en équilibre sur une jambe (l’ancêtre de vrkasana, la posture de l’arbre).


Le hatha yoga ou yoga de la force : un yoga physique pour réveiller la kundalini


Il faut attendre le XIème siècle pour voir l’émergence de nouvelles techniques beaucoup plus physiques dans les textes du yoga. Notamment avec l’entrée en matière du hatha yoga ou yoga de la force. Le but de ses activités physique très intenses ? Maitriser l’énergie subtile du corps et réveiller la Kundalini

Comme un athlète s’échauffe avant l’entraînement, le yogi s’échauffe avec des asanas avant de passer aux choses sérieuses : la méditation.

Le hatha pradipika bouleverse les ‘règles’ du yoga. Si pour Patanjali, les yamas et nyamas* passaient avant la pratique des asanas, le hatha pradipika désigne les asanas comme le premier ‘anga’*. Les asanas permettent de nettoyer et de purifier le corps et les nadis* grâce à la chaleur interne qui découle de ces pratiques. Le yogi est alors prêt pour les exercices de méditations. Les asanas prennent une dimension thérapeutique, permettent de garder le corps fort et d’éloigner les maladies.


Les postures de yoga : méditation et activité sportive à la fois.


Nous avons vu que les premiers textes considèrent le yoga comme un pratique spirituelle et contemplative. Elle se concentre sur les pratiques méditatives. Les postures sont assises.

Pourtant, on retrouve les premières postures sous forme de sculptures, notamment à Hampi, siège de l’empire Vijayanagara (1346 -1565). Ces témoins visuels de l’existence des postures de yoga précèdent les premières descriptions d’asanas complexes que l’on retrouve dans les textes de yoga.

De nombreux festivals avaient lieux dans l’enceinte des temples de l’empire Vijayanagar. « Parmi ceux qui assistent aux rassemblements, il y a les rois, les ministres, les prêtres ; les princes, les savants et les artistes ; les poètes, les chanteurs, les yogis et les officiers ; les danseurs, les acteurs et les astrologues – o parvati. » samrajyalaksmipithika (début XVIème).

XVème siècles les asanas font parties de toute la culture indienne. Les postures ne sont pas réservées aux yogis. Bien au contraire, selon certains specialistes dont le docteur Seth Powell, la danse aurait influencé les postures du hatha yoga, lors de ces festivals. On retrouve également les asanas pour les lutteurs. Le mallapurana enseigne 17 postures tel que kurmasana ou encore la posture sur la tête. N’oublions pas non plus le célèbre kamasutra, qui nous décrit les postures pour effectuer les activités de la vie privée.

Aujourd’hui, les postures sont un mix de cette pratique méditative et physique. Krishnamacharya, LA référence en matière de yoga au XXe, est un précurseur et joue un rôle majeur en fusionnant la dimension de gymnastique des yogasana avec les yogas sutra de Patanjali. (cf Yoga body, singleton, 2010). On fait des postures principalement pour rester en bonne santé, muscler le corps et rester souple. On utilise les postures comme outils de concentration, de ‘lâcher prise’ et de confiance en soi. On essaie d’harmoniser le tout en étant conscient du souffle, histoire de donner une dimension méditative à la chose. Mais que fait-on vraiment sur notre tapis ? De la gymnastique ? Une pratique méditative sur fond de développement personnel ? Créons nous cette ardeur cosmique, appelé tapas ? C’est propre à chacun, l’important est de savoir ce que l’on fait et pourquoi on le fait.


 

Quelques définitions pour parler le yogi couramment.


*Yamas et Nyamas : 'Règles' à observer en société et 'règles' morales que le yogi observe pour lui même.

Les Yamas sont : Ahimsa (non violence) , Satya (vérité), Asteya (honnêteté), Bramacharya (contrôle de sens), Aparigraha (non possessivité)

Les nyamas sont : saucha (propreté), santosha (contentement), tapas (pratique du yoga), svadhyaya (étude des textes sacrés), Ishwarapranidhana ( s'abandonnner au divin)

*Anga : au sens premier signifie un membre. Le terme se réfère au corps. Dans le contexte du yoga, on parle de pilier du yoga. Dans l'ashtanga yoga et dans les Yoga sutras de Patanjali, il y en a 8 . (Yamas, nyamas, Asanas, pranayama, prathyara, dharana, dhyana, samadhi.

*Nadis : Vu pour la première fois dans la Chandogya Upanishad. Les nadis sont des canaux dans lesquels circule l'énergie vitale.

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